L'homme à la redingote

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L'homme à la redingote

Message par Passiflore le Mar 4 Avr - 16:49

En pénétrant dans le jardin du Luxembourg, nous abandonnons avec plaisir la foule, le bruit et la circulation parisienne. Nous allons pouvoir goûter à un peu de tranquillité, condition essentielle pour chasser le spectre.
Notre joie est de courte durée.
Il va être difficile de traquer le fantôme aujourd'hui car il fait chaud et, de ce fait, les espaces verts de la capitale sont envahis par les Parisiens et les touristes, en mal de calme et de soleil.
Cependant, ce n'est pas parce que nous ne le croiserons peut-être pas qu'il n'existe pas !
Quelques témoignages font état de sa présence. On peut donc penser que l'homme à la redingote, comme on le surnomme, hante toujours les jardins du Luxembourg.
Le témoignage le plus troublant fut sans doute celui de Jean Romier, jeune étudiant en médecine.
Au moment des faits, c'est-à-dire en 1925, il avait 24 ans. Un beau matin de juin, le jeune homme décida de réviser ses cours en profitant du parc. Il était 10 h quand un vieil homme, affublé d'une redingote, s'installa sur le banc où révisait l'étudiant.
La conversation s'établit très vite entre les deux hommes. Au cours de celle-ci, ils s'aperçurent qu'ils avaient quelque chose en commun : la musique de chambre.
La discussion tourna donc autour de ce sujet. L'homme à la redingote, qui s'appelait en réalité Alphonse Berruyer, confia à Jean Romier qu'il organisait de temps en temps, chez lui, des concerts intimistes.
Il invita d'ailleurs l'étudiant à se joindre au prochain concert.
Le jeune homme se présenta donc à l'appartement de M. Berruyer, au troisième étage d'un immeuble, rue de Vaugirard.
Le vieil homme l'accueillit et l'invita à se joindre au cercle d'amis qui attendait, avec impatience, dans le salon, le commencement du petit concert.
L'endroit était charmant bien qu'un peu désuet car meublé à l'ancienne. Au cours de la soirée, Jean se rendit dans le fumoir jouxtant le salon et fit la connaissance d'un jeune séminariste qui l'entretint du rapport étroit entre la musique et le spirituel.
Il était minuit quand le jeune homme quitta l'appartement. Sur le chemin du retour, il voulut allumer une cigarette mais ne trouva pas son briquet. Il prit alors conscience qu'il l'avait oublié dans le fumoir de l'appartement. Il fit demi-tour, monta les marches de l'immeuble et frappa à la porte. Pas de réponse.
Il réitéra ses coups mais en vain ! Alerté par le bruit, un voisin sortit sur le palier et lui expliqua que l'appartement était inhabité et que M. Berruyer était... mort depuis 20 ans maintenant !
"Impossible !", répliqua Jean Romier, puisqu'il était là il y a quelques minutes avec plusieurs amis.
Le ton monta et attira le concierge de l'immeuble.
Prenant l'étudiant pour un cambrioleur, toute l'équipe se retrouva au commissariat.
Le père vint y chercher son fils et se porta garant de sa bonne foi. Pour éclaircir cette affaire, on fit venir l'actuel propriétaire, un certain M. Mauger qui, d'ailleurs, n'habitait pas l'appartement en question.
Toute l'équipe se rendit donc à cette adresse pour lever le voile sur cette mystérieuse affaire.
En pénétrant dans l'habitation, Jean Romier fut frappé par le spectable qui s'offrit à ses yeux :
L'appartement était complètement désert. Non seulement, il n'y avait personne, mais plus étrange encore, il n'y avait plus aucun des meubles qui, quelques heures auparavant, garnissaient l'endroit.
Cependant, le regard de l'étudiant fut attiré par une photo jaunie par le temps et encadrée au mur.
Elle représentait le séminariste avec qui il avait discuté un long moment ! Plus étonnant encore :
Le jeune séminariste n'était, ni plus ni moins, que le grand oncle de l'actuel propriétaire, mort en Afrique ! M. Mauger se souvint également que M. Alphonse Berruyer organisait des petits concerts privés ici-même.
Mais le plus extraordinaire fut pour la fin : le jeune étudiant entra dans la pièce qui faisait office de fumoir et se dirigea vers la cheminée.
A la stupéfaction générale, il trouva sous une épaisse couche de poussière ce qu'il avait oublié plus tôt dans la soirée : son briquet !
En guise de conclusion, j'ajoute que cette histoire fait penser aux deux Anglaises du château de Versailles qui ont rencontré Marie-Antoinette au Trianon en 1901...
En quelque sorte, ce jeune homme a trébuché dans le temps... comme d'autres ratent une marche d'escalier...
Et si vous voulez croiser le fantôme de l'homme à la redingote, préférez la visite du parc à son ouverture ou juste avant sa fermeture.

Guy Breton et Louis Pauwels, Les histoires magiques de l'histoire de France



Publié le 2 septembre 2013
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