La vocation de Flamel

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La vocation de Flamel

Message par Passiflore le Dim 23 Avr - 12:38

Dans l'un des livres qui lui ont été attribués, l'alchimiste raconte l'origine de sa vocation, la découverte, par hasard, d'un très ancien grimoire :
"Moy, Nicolas Flamel, escripvain, ainsi qu'après le deceds de mes parents je gagnais ma vie en nostre art d'écriture, faisant des inventaires, dressant des comptes et arrestant les despenses des tuteurs et mineurs, il me tomba entre les mains pour la somme de deux florins un libre doré fort vieux et beaucoup large, il n'estoit point en papier ou parchemin, comme sont les autres, mais seulement il estoit fait de deliées escorces (comme il me semblait de tendres arbrisseaux.
Sa couverture estoit de cuivre bien délié, toute gravée de lettres ou figures estranges. Quant à moy je crois qu'elles pouvoient bien estre des caractères grecs ou d'autre semblable langue ancienne.
Tant y a que je ne les sçavois pas lire, et que je scay bien qu'elles n'estoient lettres latines ou gauloises, car nous y entendons un peu.
Quant au dedans ses feuilles d'écorce étaient gravées et d'une très grande industrie, écrites avec une pointe de fer, en belles et très nettes lettres latines colorées.
Il contenait trois fois sept feuillets, car iceux estoient ainsi contez en haut du feuillet, le septiesme desquels estoit toujours sans escripture, au lieu de laquelle il avoit peint une verge et des serpens s'engloutissans, au second septiesme, une croix où un serpen estoit crucifié, au dernier septiesme estoient peins des deserts au milieu desquels couloient plusieurs belles fontaines dont sortainet plusieurs serpens qui couroient par cy et par là.
Au premier des feuillets, il y avoit écrit en lettres grosses capitales dorées : "Abraham le juif, prince, prestre, levite, astrologue et philosophe à la gent des juifs, par l'ire de Dieu dispersée aux Gaules Salut. D. I."
Après cela il estoit remply de grandes exécrations et malédictions (avec le mot Maranatha, qui y estoit souvent répété) contre toute personne qui jetteroit les yeux sur iceluy, s'il n'estoit sacrificateur ou scribe."
 
Explication des figures hiéroglyphiques mises par moy Nicolas Flamel, escripvain, dans le cimetière dans Innocents, en la quatrième arche (1409)


Publié par Fée le 17 septembre 2005
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Flamel et la pierre philosophale

Message par Passiflore le Dim 23 Avr - 12:57

Possesseur d'un antique manuscrit, un écrivain public mystérieusement enrichi aurait découvert la pierre philosophale recherchée depuis la plus haute antiquité par des générations d'alchimistes.
Est-il réellement parvenu à réaliser le Grand Oeuvre : la transmutation des métaux ?
L'histoire de l'alchimie occidentale commence au XIIe siècle en Espagne, alors frontière entre le monde occidental et monde arabe.
Les catholiques reprennent peu à peu la péninsule Ibérique et s'approprient les trésors des bibliothèques arabes, riches en textes sur la médecine, les mathématiques, l'astronomie et l'alchimie.
Les Européens découvrent les écrits de Djabir ibn Hayyan et Muhammad ibn Zakariyya al-Razi (Geber et Rhazes en latin), alchimistes arabes des VIIIe et IXe siècles, outre les traductions de textes arabes, de nombreux manuscrits originaux circulent en Europe.
La plupart ne sont que des livres de recettes chimiques élémentaires, sans portée ésotérique.
Il est difficile d'en déterminer les auteurs et les dates : les alchimistes emploient souvent des noms d'emprunt.
Aux XIVe et XVe siècles, l'alchimie est au sommet de sa gloire.

Le livre d'Abraham le Juif

C'est à Pontoise, aux alentours de 1330, que naît Nicolas Flamel.
Ses parents sont d'origine modeste, mais il apprend à lire et à écrire le français ainsi qu'un peu de latin auprès des bénédictins.
Il devient apprenti écrivain public chez maître Gobert, puis rachète une charge de juré-librairie-écrivain.
Son échoppe est sise près de l'église Saint-Jacques-la Boucherie, dont il reste aujourd'hui encore la tour Saint-Jacques.
Dans sa boutique, à l'enseigne de "La fleur de lys", il dresse les comptes des petits commerçants, apprend aux bourgeois à signer de leur nom, copie et enlumine des manuscrits : l'imprimerie n'existe pas encore.
D'après ses récits, un ange lui apparaît une nuit en songe et lui montre un ouvrage extraordinaire. Mais il se réveille avant d'avoir pu en lire le contenu.
Intrigué, il garde le rêve en mémoire.
En 1357, un homme entre dans sa boutique et lui propose un volume relié de cuivre.
Flamel reconnaît le volume : il l'a vu dans les mains de l'ange.
Il n'hésite pas et l'achète pour la somme de deux florins.
L'ouvrage, signé Abraham le Juif, porte sur la première page une malédiction destinée à ceux qui oseraient aller plus loin dans la lecture, à l'exception des prêtres et des écrivains.
Entrant dans cette dernière catégorie, Flamel se sent protégé et commence à lire.
Le volume provient sans doute des affaires abandonnées d'un juif arrêté ou ayant fui précipitamment pour échapper au bûcher.
Il contient vingt et un feuillets couverts de textes alchimiques que Flamel ne comprend pas.

La route pour Saint-Jacques

Pendant près de vingt ans, Nicolas Flamel tente avec l'aide de sa femme, Pernelle, de déchiffrer les mystérieux feuillets.
Il ne délaisse pas sa boutique, mais, chaque soir, passe plusieurs heures courbé sur le manuscrit hermétique.
Pourtant, le travail ne progresse pas et il désespère.
Les alchimistes consulté ne parviennent pas plus que lui à éclairer le texte mystérieux.
Il voudrait trouver l'aide d'un savant hébraïque, mais les juifs, persécutés depuis le très catholique Philippe le Bel, ont fui la France ou se sont convertis pour se fondre dans l'anonymat.
C'est en 1378, lors d'un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, que Flamel rencontre maître Canches, vieux médecin juif converti.
Maître Canches, enthousiaste, est persuadé qu'il s'agit d'un livre ayant trait à la kabbale, ancienne tradition juive ésotérique fondée sur l'interprétation mystique de l'Ancien Testament.
Le médecin décide d'accompagner Flamel à Paris pour voir le manuscrit original.
En chemin, il explique au Français ses clefs d'interprétation et les deux hommes se mettent au travail sur les extraits emportés par l'écrivain.
Mais, déjà malade avant sa rencontre avec Flamel, maître Canches doit s'arrêter à Orléans.
Il agonise plusieurs jours et meurt sans avoir vu Paris ni le manuscrit original d'Abraham le Juif.

De l'or !

Grâce à son aide cependant, Flamel en sait assez pour poursuivre ses recherches.
Pendant deux années, il étudie le manuscrit et tente des expériences.
Dans ses textes, il racontes que c'est le 17 janvier 1932 qu'il parvient à un premier résultat : "La première fois que je fis la projection, ce fust sur du mercure, dont j'en convertis demy-livre ou environ en pur argent, meilleur que celuy de la minière, comme j'ay essayé de faict plusieurs fois".
Selon ses dires, Flamel a découvert l'élixir blanc, le petit magistère, qui transmute le mercure en argent.
Il se sait proche du Grand Oeuvre, proche de l'or.
C'est en avril, trois mois plus tard, que Flamel réalise l'élixir rouge, la pierre philosophale.
"Je fis la projection avec de la pierre rouge sur semblable quantité de mercure, en présence encore de Pernelle seule, en la même maison, le vingt-cinquième d'avril suivant de la même année, sur les cinqu heures du soir, que je transmuay véritablement en quasi autant de pur or, meilleur très certainement que l'or commun plus doux et plus ployable."

À cinquante-deux ans, le petit écrivain public détient un pouvoir plus grand encore que celui du roi : il peut fabriquer de l'or.
Mais il reste discret et ne modifie pas ses habitudes de vie, de crainte d'attirer l'attention.


Publié par Fée le 27 septembre 2005 
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À la poursuite de l'or et de l'immortalité

Message par Passiflore le Dim 23 Avr - 13:07

La fortune de Flamel

Cette histoire tirée des textes que l'on dit rédigés par Flamel lui-même, dans lesquels bien entendu il ne parle jamais clairement de sa méthode de travail, se contentant dévoquer ses "projections".
Mais un fait demeure : Nicolas Flamel, après 1382, devient un homme très riche.
Il participe à de nombreuses oeuvres de charité, fonde quatorze hopitaux et trois chapelles.
Les rumeurs sur sa fortune courent dans la capitale.
D'où vient l'or ?
Pour les uns, aucun doute, il possède le secret de la pierre philosophale ; pour d'uatres, c'est simplement sa boutique d'écrivain qui lui assure de bons revenus : il a, à son service, plusieurs copistes et parmi sa clientèle on trouve alors les meilleures familles de Paris.
Dans Trésor de Recherches et Antiquitez Gauloises et Françoises, Borel, médecin et conseiller de Louis XIV, écrit en 1655 : "Aussi vint-elle (la richesse de Flamel) aux oreilles du roi, qui envoya chez lui monsieur Cramoisy, maître des requêtes, pour savoir si ce qu'on lui en avait raconté était véritable, mais il le trouva dans l'humilité, se servant même de vaisselle de terre.
Mais, pourtant, on sait par tradition, que Flamel se déclara à lui, l'ayant trouvé honnête homme, et lui donna un matras plein de sa poudre, qu'on dit avoir été conservé longtemps dans cette famille, qui l'obligea à garantir Flamel des recherches du roi."
Après la mort de Flamel, le22 mars 1417, sa maison et sa tombe sont mises à sac par des gens qui cherchent la cachette de la pierre philosophale.
Ils ne trouveront rien.
Le livre d'Abraham le Juif réapparaît, deux siècles plus tard, dans les mains de Richelieu.
On ne sait aujourd'hui ce qu'il est devenu.

La pierre philosophale

D'après ce qu'on sait des pratiques alchimiques en général, on peut reconstituer ce que recherchait Nicolas Flamel et quelles furent ces pratiques.
Depuis toujours, c'est à la découverte de la pierre philosophale que s'attachent les alchimistes.
Elle représente pour eux, non seulement le moyen de réaliser la transmutation tant souhaitée, mais elle est aussi porteuse de médecine universelle et d'immortalité.
La fabrication apparaît comme un processus long et complexe.
L'alchimiste doit tout d'abord extraire sa matière première des profondeurs du sol, puis procéder en quatre étapes :
- Rendre la matière liquide,
- Évaporer l'eau superflue pour obtenir un produit visqueux,
- Séparer et purifier chacun des éléments de la matière,
- Enfin réunir ces esprits purs pour former la pierre philosophale.

C'est donc un expert qui doit maîtriser plusieurs techniques : "l'Oeuvre au noir", qui est l'art de débarrasser la matière de ses impuretés ; "l'Oeuvre au blanc", qui permet de fabriquer la pierre blanche transmutant les métaux vils en argent ; et "l'Oeuvre au rouge", qui produit la pierre rouge transmutant le mercure en or.
Le langage alchimique ne peut être dissocié du langage alchimique symbolique : "l'Oeuvre au noir" est aussi la mort, "l'Oeuvre au blanc" la restitution de l'âme au coeur purifié, et "l'Oeuvre au rouge" la vie spirituelle éternelle.

La transmutation possible ?

Peut-on aujourd'hui penser que Nicolas Flamel a réussi à transmuter le métal vil en or ?
La pensée scientifique moderne, depuis le positivisme du XIXe siècle, considère comme impossible toute transmutation : on sait alors déjà que le plomb, le mercure, l'or ou l'argent sont des éléments simples.
Imaginer que l'on puisse changer l'un en l'autre est, depuis les travaux de Lavoisier en 1772 qui marquent la naissance de la chimie moderne, une absurdité.
Cette logique d'une science sûre d'elle et des réponses définitives qu'elle fournit n'est plus celle des chercheurs actuels, plus modestes et moins affirmatifs que leurs aînés.
Nous savons désormais que, si l'or est un élément simple, chacun de ses atomes est composé d'électrons et d'un noyau de protons.
Les scientifiques peuvent aujourd'hui réaliser le Grand Oeuvre, cher aux alchimistes, à l'aide d'un accélérateur de particules et de réactions nucléaires.
Seul inconvénient de cette alchimie moderne, par ailleurs évidemment inaccessible à l'alchimiste du XVe siècle, chaque atome d'or produit coûterait des millions de fois sa valeur marchande !


Publié par Fée le 26 septembre 2005
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Re: La vocation de Flamel

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