Le régiment disparu

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Le régiment disparu

Message par Passiflore le Ven 28 Avr - 17:52

Août 1915. La Grande Guerre a commencé un an plus tôt. La plupart des combattants croient encore qu’elle finira bientôt. Ils ignorent que jusqu’aux derniers jours, en 1918, la violence des combats ne s’apaisera pas un instant. Pour la première fois, on se bat presque partout dans le monde. Le 1er novembre 1914, la Turquie, après bien des hésitations, s’est finalement rangée aux côtés de la Triplice, la Triple Alliance entre l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie, contre la Triple Entente anglo-franco-russe. C’est donc en Turquie, au lieu-dit le « Mont 60 », que nous entraînera aujourd’hui l’Incroyable Vérité.

Les unités turques et un corps d’armée australien et néo-zélandais se livraient là une sanglante et dramatique bataille qui durait depuis plusieurs semaines. On approchait du terme de cet engagement décisif pour la maîtrise stratégique de la région. Le lieutenant Reichart commandait une section comptant environ vingt-deux hommes. Il occupait un point avancé surplombant ce fameux Mont 60 d’une centaine de mètres. Il pouvait ainsi observer commodément les mouvements ennemis, transmettre les informations, guider la progression de son unité. A l’aube du 28 août 1915, le lieutenant Reichart se sentit submergé d’une vague de mélancolie. Ce jour d’été qui se levait s’annonçait véritablement radieux. De plus, les canons et les fusils s’étaient tus un moment. Chacun se mettait en place pour mieux se tuer et se détruire ensuite. Et en attendant le choc ultime, le soleil et le silence étaient seuls maîtres du terrain.

Cette atmosphère ne prédisposait nullement à la guerre et à la mort. Elle invitait au contraire au calme, à la douceur de vivre. Le lieutenant songeait que dans son pays, si éloigné de cet endroit, et dont il ne savait même pas s’il le reverrait jamais, le soleil était exactement semblable à celui-ci. Il ne faisait, lui, aucune différence entre les hommes qu’il réchauffait. Il ignorait les nationalités, les uniformes, les intérêts. Alors pourquoi se battre ? Pourquoi être venu de si loin pour peut-être mourir par une journée si belle ?

Le lieutenant Reichart, afin de chasser sa mélancolie, décida une petite tournée d’inspection à travers son poste. À chacun de ses hommes, il adressa un sourire, un mot d’espoir ou d’encouragement. Sans doute les soldats pensaient-ils comme lui qu’à l’aube d’une journée d’été si délicieuse, on avait envie de tout faire sauf de se battre, encore moins de mourir. Le lieutenant revint à sa place et observa l’horizon à la jumelle. Il savait que, moins d’une heure plus tard, l’avant-garde de son régiment commencerait à progresser. Du côté de l’ennemi, c’était le calme, en apparence. Décidément, il n’y a avait rien à signaler. Et pourtant, si. Sous les yeux du lieutenant Reichart se préparait un phénomène inouï, réellement formidable, dont on parlerait longtemps après, qui attirerait l’attention de nombreux experts et écrivains. Un phénomène que reprendrait plus de soixante ans plus tard une émission de radio intitulée « l’Incroyable Vérité ». 

Mais, évidemment, il ne viendra à personne l’idée de reprocher au lieutenant Reichart une quelconque cécité ou une erreur, un manque de vigilance, un défaut d’interprétation. Car, comment l’aurait-il perçu ? Edgar Poe, dans sa célèbre nouvelle, « La lettre dérobée », démontre que le meilleur endroit pour cacher un objet dans une pièce peut être parfois, tout simplement, de le déposer sur la table ou le buffet. Ou, pour une lettre, de la suspendre au mur, dans un cadre. Ainsi nous arrive-t-il de chercher ce que nous avons sous le nez. Surtout si ce que nous cherchons est très ordinaire. Or, à l’aube du 28 août 1915, en ce lieu perdu de la Turquie où se préparait l’ultime assaut d’une violente bataille, comment se présentait le paysage que surveillait l’officier ?

Au loin, les arrières ennemis plongés dans un calme trompeur. À une centaine de mètres au-dessous du point avancé : le Mont 60. A l’arrière du point avancé, les tranchées australiennes et néo-zélandaises. Entre ces tranchées et le Mont 60, le lit asséché d’une crique tout en longueur. Ce lit servait de piste. C’est cette piste de fortune qu’emprunterait dans la matinée une partie des unités qui marcheraient vers le Mont 60 puis qui livreraient bataille. Bien avant l’aube, on avait compris que la journée serait superbe. Et, en effet, le soleil monta lentement sur un ciel bleu, pur et magnifique. Seuls planaient sur le Mont 60 quelques petits nuages, six ou huit selon les observateurs. Bien entendu, ils n’étaient pas menaçants et ils ne tarderaient pas à s’enfuir.

Cependant, malgré une brise légère qui devait souffler à près de 9 kilomètres à l’heure, ces petits nuages restaient sur place. Ils semblaient figés, insensibles à la brise. Pourquoi le lieutenant Reichart se serait-il posé des questions particulières au sujet de ces nuages ? Parce qu’ils avaient la forme de miches de pain ? Ce n’était pas très sérieux. Les nuages ont la forme qu’on leur prête. Ils étaient donc suspendus, comme par des fils invisibles, au-dessus du Mont 60. Mais, juste au-dessous d’eux, un autre nuage, plus important celui-là, dont on ne savait exactement s’il était constitué d’un reliquat de brume nocturne, ou si, au contraire, il était descendu du ciel, s’était en quelque sorte posé, installé, sur la piste elle-même. Il ressemblait à un énorme dirigeable de coton épais qui aurait reposé sur le ventre, qui se serait échoué durant la nuit sur le lit asséché de cette crique. Ce nuage, à même le sol, avait des dimensions respectables. Environ 270 mètres de long, 200 mètres de hauteur, et encore 200 mètres de large.  Vu de l’observatoire du lieutenant Reichart, ce nuage semblait si compact qu’il en paraissait presque solide.

Assurément, s’attarder aujourd’hui sur ses mensurations est bien facile. Nous savons, nous, que le 21 août 1915, survint autour de ce nuage un évènement aussi incompréhensible que prodigieux. Mais ni le lieutenant ni ses hommes ne le savaient. Ils ne pouvaient même l’imaginer. A la guerre, on se bat contre des hommes et non contre des esprits. C’est pourquoi ce que nous trouvons extraordinaire ne l’était nullement aux yeux de l’officier. Lui, il se trouvait en pays de montagne, au petit matin. Nul doute que ce gros nuage ou ce magma de brume se dissiperait très vite avec la montée du soleil.  Quant à ces minuscules nuages en forme de miches, ils seraient, eux aussi, emportés vers l’horizon par la brise, laissant derrière eux un ciel entièrement purifié. Le lieutenant Reichart, on le comprend, avait d’autres soucis. Bientôt, les signes avant-coureurs de la bataille parvinrent au poste d’observation avancé. A l’arrière, et au pied du poste, des unités commencèrent à sortir des tranchées. Reichart les vit se rassembler en bon ordre, se constituer en colonnes qui s’engagèrent simultanément dans plusieurs directions. Conformément aux plans de l’état-major, l’une d’elles emprunta la piste menant au Mont 60 et qui suivait le tracé du lit asséché de la crique. Reichart ne put s’empêcher de penser à ces jeunes hommes, venus se battre de si loin, et dont beaucoup ne reverraient plus leur pays, leurs familles, leurs amis. Il les suivit à la jumelle comme s’il pouvait ainsi mieux partager leurs états d’âme.

En fait de colonne, il s’agissait d’un régiment, comptant plusieurs centaines d’hommes : le 1er régiment de la 4e armée Norfolk. Cette unité avait pour mission de faire sauter le verrou que constituait le Mont 60, permettant ainsi au corps d’armée d’enfoncer les ailes du front. Le régiment approchait maintenant du gros nuage posé sur le sol. Le lieutenant Reichart se réjouit alors de la présence de cet épais manteau de brume qui tardait à se dissiper. Jusque là, il n’avait pas vraiment requis son attention. Mais il se dit tout à coup qu’il faciliterait la progression de ses compagnons d’armes. Ce nuage formait une sorte d’écran ; finalement, il tombait à pic, au matin même de l’ultime offensive. Reichart concentra donc son attention sur ce point particulier du terrain. Un par un , sans se hâter, pliant sous le poids de leur armement, cinq à six cents hommes arrivèrent devant ce nuage et s’y engagèrent lentement, presque paisiblement. Le spectacle faisait penser à un dessin animé, ou à un film muet. Les minutes passaient. Au bout d’une demi-heure, une bonne moitié de la colonne avait disparu au sein de ce paquet de brume. Et l’autre moitié continuait de s’y enfoncer. Mais Reichart, curieusement, ne les voyait pas resurgir. Peut-être, se dit-il, que, profitant de cet écran, somme toute naturel, les chefs ont décidé de tromper l’ennemi, et, au lieu de poursuivre tout droit, d’obliquer vers la gauche. Cependant, il s’étonna de n’avoir point observé un tel mouvement.

Au bout d’une heure, le régiment avait totalement disparu. C’est alors que le lieutenant fut intrigué par l’évènement qui survint aussitôt : quand le dernier homme se fut englouti dans le nuage, celui-ci quitta délibérément le sol, et, comme tout nuage ou brouillard le ferait, s’éleva lentement et rejoignit les autres nuages semblables à lui, mentionnés au début de ce récit. En les observant de nouveau, ils se ressemblaient tous comme « des pois dans une gousse ». Pendant tout ce temps, le groupe de nuages avait plané au même endroit, mais aussitôt que ce singulier nuage de la terre se fut élevé à leur niveau, tous partirent en direction du nord, vers la Thrace, en Bulgarie. Trois quarts d'heure après, plus un n’était en vue.

Pas un soldat n’était sorti de ce nuage pour se déployer et se battre au Mont 60. Le régiment fut porté disparu ou exterminé, et lors de la reddition de la Turquie, en 1918, la première chose que réclama la Grande-Bretagne à la Turquie fut qu’elle rendît ce régiment. La Turquie répondit qu’elle n’avait jamais capturé ce régiment, pas plus qu’elle  n’avait été en contact avec lui. Et elle ignorait qu’il existait. Tous ceux qui observèrent la scène attestèrent que la Turquie n’avait, en effet, « jamais capturé ce régiment ». Telle fut la déclaration sous serment du lieutenant Reichart et de ses hommes.

Les traces de ce régiment ne furent jamais retrouvées. Aujourd’hui, il demeure porté disparu dans les archives de la Première Guerre mondiale. Cet incident absolument véridique reste inexpliqué. Dès lors, on comprend qu’il figure en bonne place dans les annales du Mystère. Que devinrent ces hommes après leur entrée dans ce nuage étrange ? Dieu seul le sait.


L’INCROYABLE VÉRITÉ 



Publié le 1er juin 2015
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Re: Le régiment disparu

Message par Passiflore le Lun 8 Mai - 18:52

Dans une vidéo au sujet des disparitions mystérieuses (https://www.youtube.com/watch?v=lPUbpKAKIbg), voici ce qu'on peut entendre :
"Une vérification des archives auprès du Ministère de la Défense britannique nous apprend que les soldats disparus ont en fait été retrouvés. Les corps d'au moins 122 d'entre eux ont été découverts au fond d'un ravin à moins de 800 m de ce qui était les premières lignes ennemies. Les hommes avaient été massacrés par l'armée turque qui leur avait tendu un guet-apens dans les bois juste de l'autre côté de la mythique colline 60. Quant aux survivants, ils se sont simplement fondus à d'autres bataillons britanniques en poste sur le théâtre des opérations."

Reste à expliquer l'apparition de ce nuage...
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Re: Le régiment disparu

Message par Butterfly le Lun 15 Mai - 15:38

Possible aussi que l'explication officielle ne soit qu'une façade car en effet, il reste à expliquer ce nuage. Sait-on si une fois les corps retrouvés on leur a donné une sépulture et où ?
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Re: Le régiment disparu

Message par Passiflore le Lun 15 Mai - 17:54

Le documentaire ne le dit pas.
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Re: Le régiment disparu

Message par Butterfly le Mar 16 Mai - 0:51

Je chercherai sur internet. Smile
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Re: Le régiment disparu

Message par Passiflore le Mar 16 Mai - 11:29

Je croyais que le lien ne marchait pas, mais il marche (ouf !). Concernant ce régiment, on en parle à partir de la 44e minute.
Il est possible que l'explication officielle cherche à dissimuler un fait véritablement paranormal; ce ne serait pas la première fois.
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