Le Ku Klux Klan

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Le Ku Klux Klan

Message par Passiflore le Sam 1 Avr - 18:21

En 1866, l’Amérique venait d’être secouée par les terribles convulsions d’une guerre civile, d’un affrontement sans merci et fratricide entre les nordistes et les sudistes. Au cours du XIXe siècle les disparités s’étaient accentuées entre le Nord qui s’industrialisait avec sa métallurgie et ses textiles, ses vingt millions d’habitants, et le Sud commençant à peine à prendre son essor avec ses onze millions d’âmes. Un Sud qui depuis 1750 voyait arriver chez lui une précieuse marchandise importée d’Afrique par bateaux entiers : les cargaisons de « bois d’ébène ». Mais ce bois était d’une nature particulière puisqu’il respirait, qu’il parlait, qu’il riait, qu’il pleurait comme vous et moi. Ce bois d’ébène c’étaient les Noirs, les esclaves achetés par les planteurs de coton du Sud.
Dans tout le Sud il existait des marchés aux esclaves. Le « bois d’ébène » était accroupi au pied d’une estrade et un commissaire-priseur en redingote le mettait aux enchères. Ici c’était une femme qu’on séparait de son mari, un fils que l’on arrachait à sa mère, une fille qui finirait dans le lit du planteur. En 1808, une loi interdit la traite des Noirs. Le Sud qui avait grand besoin de main-d’œuvre pour récolter son coton passa outre.
En 1860, Abraham Lincoln fut élu président des Etats-Unis. Son programme comportait l’abolition définitive de l’esclavage. Le Sud entra en sécession. En 1861 c’était la guerre. Elle devait se terminer quatre ans plus tard par la victoire des nordistes. Villes détruites, maisons incendiées, cultures dévastées, tel était alors le visage du Sud vaincu.
Mais le dernier coup de feu de la guerre de Sécession restait à tirer. Le 14 avril 1865, une balle de pistolet d’un sudiste irréductible abattait le président Lincoln. La guerre était finie. Mais là où le Nord voulait reconstruire selon des principes égalitaires, le Sud, lui, voulait restaurer l’ordre ancien. C’est alors que surgirent, en cette année 1865, d’étranges apparitions dans les campagnes des Etats-Unis d’Amérique.
A la tombée du jour, de mystérieuses lumières, d’effrayantes silhouettes, des bruits inexplicables, apparaissaient, disparaissaient en rase campagne, loin de toute agglomération. Les nuits hantées semèrent parmi les habitants des bourgades étonnement et inquiétude. Vers minuit le vent apportait des sons étranges et comme le bruit d’un martèlement de sabots qui allait s’éloignant. Telles furent, voici plus de cent ans, les premières manifestations d’une organisation encore inconnue et secrète : le Ku Klux Klan, phénomène né avant tout du problème noir aux Etats-Unis.
Le livre de Denis Baldensperger publié dans la collection « Dossiers de l’histoire » va nous fournir sur ce phénomène de stupéfiantes informations. Et, par la même occasion, nous vérifierons l’adage : l’enfer est pavé de bonnes intentions. Car les intentions des fondateurs de cette organisation secrète étaient en effet excellentes. A la fin de la guerre civile des aventuriers de toutes sortes venant du Nord avaient déferlé sur le Sud vaincu, exsangue. Pour faire fortune de manière douteuse, ils abusaient sans vergogne des blessures et des faiblesses sudistes.
Une nuit, à Pulaski, une obscure bourgade de l’Etat du Tennessee, plusieurs camarades qui avaient porté l’uniforme de l’armée sudiste, se retrouvèrent réunis à la veille de Noël 1865 dans la maison de l’un d’eux. Cette maison existe encore aujourd’hui. Une plaque est encastrée dans l’un de ses murs sur laquelle on peut lire : « Le Ku Klux Klan a été organisé ici dans le bureau du juge Thomas M. Jones, le 24 décembre 1865. »
Mais ces jeunes gens ne pensaient pas du tout aux Noirs. La première réunion du Ku Klux Klan, c’est avant tout l’ambiance des bivouacs retrouvée, le cliquetis des armes, le galop des chevaux emportés dans les premières charges de la guerre. C’était l’atmosphère d’un complot pour rire. Ces jeunes avaient décidé de s’amuser. Ce qu’ils firent d’ailleurs. Dans le but d’épater leurs concitoyens.
C’est ainsi qu’une nuit, les habitants de Pulaski virent tout à coup, débouchant d’un coin de pâté de maisons, une curieuse procession de cavaliers-fantômes : d’étranges silhouettes enveloppées de longues robes, montées sur des chevaux tout caparaçonnés de blanc qui défilèrent silencieusement dans les rues de la ville, en file indienne, à un pas d’enterrement. Quand la colonne marchait au nord dans une rue, elle marchait au sud dans une autre, ce qui donna l’impression que ces cavaliers d’un autre monde étaient au moins trois mille !
Ce défilé frappa les imaginations et notamment celles des Noirs, âmes simples qui malgré le catholicisme croyaient fortement à la puissance et au mystère des forces surnaturelles. Les auteurs de cette mascarade furent les premiers surpris de ces résultats. Mais ils en tirèrent une conclusion lumineuse : ils avaient, sans le vouloir, terrorisé les Noirs ! N’était-ce point là un moyen inattendu et commode de les obliger à rentrer dans le rang, à ne pas voter aux élections pour les candidats partisans de l’égalité et de la liberté ! Le Ku Klux Klan venait de naître.
Mais que signifiaient ces mots barbares ? Ils venaient du mot grec kuklos : cercle, anneau, qu’on scinda en deux : ku klux et auquel on ajouta le mot : clan qu’on écrivit avec un K. Ce Ku Klux Klan se développa avec une rapidité foudroyante et très vite aussi il prit la forme d’une organisation secrète redoutable. Les premiers déguisements furent uniformisés : une longue robe blanche, surmontée d’une cagoule pointue où trois orifices étaient percés : l’un pour la bouche, les deux autres pour les yeux. Et les manifestations se multiplièrent.
Les Noirs, superstitieux, prirent ces cavaliers pour les fantômes des soldats sudistes morts au combat. Les astuces les plus scabreuses et les plus incroyables furent utilisées pour semer la terreur chez ces pauvres Noirs. Par des nuits de pleine lune, les morts se lèvent et s’avancent jusqu’à la lisière des bois, frôlent les maisons à la limite des bourgs. La lune tient une grande place dans la mythologie des peuples africains. C’est une divinité maléfique. Le premier Noir ne s’est-il pas cassé les reins pour avoir essayé d’atteindre la lune en grimpant sur des perches de bambou mises bout à bout ?
Alors, la nuit, voici ce que par exemple le Ku Klux Klan imaginait, raconté par l’un de ses membres : « C’était drôle et en même temps utile de réveiller un Noir la nuit, de lui demander un seau d’eau et de faire semblant de le boire d’un trait. Cela nécessitait seulement un dispositif simple caché sous la longue robe blanche : un entonnoir, un tuyau en caoutchouc et un sac en cuir. Puis, en faisant bruyamment claquer les lèvres, le membre du Klan disait : « C’est la première fois que je bois depuis que j’ai été tué à la bataille de Shiloh. » « C’était aussi amusant de donner une poignée de main à un Noir et de lui tendre un os de squelette ou un bras en bois soigneusement dissimulé sous la robe. Une autre fois, on retirait pour l’offrir au Noir une fausse tête, généralement une grosse courge, sur laquelle était fixé un masque, en lui demandant de « la tenir un peu ». »
Les anciens esclaves qui, pour la plupart, étaient dénués de toute instruction, même la plus élémentaire, étaient très sensibles à ces manœuvres effrayantes et aux raffinements de cruauté inventés par le Klan dans tout le Sud. De ces attitudes menaçantes, on en vint tout naturellement aux actes. Gare au Noir dont on découvrait qu’il avait voté pour les radicaux du Nord ! Et puis ensuite : gare au Noir soupçonné d’avoir entretenu des relations avec une femme blanche ! Et puis encore : gare aux Blancs qui soutenaient les Noirs ! Et ce fut l’escalade ! Le Sorcier impérial, c’est ainsi que se nommait le chef suprême du Ku Klux Klan, en l’occurrence l’ancien général sudiste Forrest, parcourt les Etats du Sud en tous sens et soulève une vague de violence.
Les instituteurs qui font la classe aux Noirs sont particulièrement visés. Voici ce que l’un d’eux écrit à son frère : « Mon cher frère, nous avons eu des ennuis. Dans la nuit du 26 courant, cinq hommes vêtus d’un déguisement satanique m’ont tiré de mon lit en me rudoyant. Ils m’on emmené à toute vitesse dans un hallier, m’ont fouetté cruellement et m’ont abandonné. Ils exigeaient que je cesse d’enseigner les nègres. » Et un autre : « J’ai été inquiété par des gens du Ku Klux Klan. Il y en avait à peu près cinquante à cheval et armés de pistolets. Ils étaient tous masqués. Ils avaient de hauts chapeaux en forme de pyramide tachetés de blanc et de rouge. Ils m’ont emmené à trois cents mètres de là, ils m’ont fait baisser le pantalon et ils m’ont fouetté. »
Héroïque instituteur ! La classe finie, tandis que les enfants noirs s’égaillent dans les rues, quand la journée est à son déclin, que la nuit approche, il rentre chez lui, le ventre noué par la peur. Le Klan écume. Le Klan enrage. En vérité voici pourquoi : il pressent le danger de la promotion des races selon lui inférieures. Un jour de février 1869, devant le paroxysme de violence et de crimes, le grand Sorcier de l’invisible empire met fin au Ku Klux Klan. L’organisation, déclare-t-il, ayant atteint la plupart de ses objectifs n’avait plus de raisons d’exister. Officiellement, le Ku Klux Klan n’existait plus.

Mais on le verra renaître en 1915. Il atteindra son apogée en 1924. Il comptera alors trois millions de membres. Puis il déclinera à nouveau, notamment en raison de la montée puis de l’avènement des grands syndicats américains. Cependant, il ne mourra pas. Il sera fasciné bientôt par un nouveau grand sorcier, qui offre à l’Europe le spectacle de défilés et de parades plus grandioses encore et auxquelles les jeunes gens de Pulaski n’avaient pas pensé : Adolf Hitler. Le 18 août 1940, sur une prairie, plusieurs centaines de membres du Ku Klux Klan, au garde-à-vous et en uniforme sous les couleurs allemandes et américaines, saluent l’apogée du nazisme. La farce avait tourné à l’horreur.


TOUTE LA VÉRITÉ (éditions Grasset et Fasquelle, 1976)
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